lundi 25 mai 2026

(FR) L'Iran veut taxer les câbles Internet & Télécom sous-marins du détroit d'Ormuz.

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Presque tout le trafic mondial de données passe par des câbles sous-marins.

L'Iran menace de faire payer une taxe aux opérateurs étrangers utilisant les câbles sous-marins posés au fond du détroit d'Ormuz, par lesquels passe internet. D’autres mises en garde iraniennes font craindre l’hypothèse d’une attaque ou d’un "accident" sur ces infrastructures.


Après les navires, voici venu le tour des câbles à fibres optiques. L'Iran, qui veut imposer un péage au trafic maritime qui transite par le détroit d'Ormuz, réfléchit désormais à un moyen de taxer le passage des câbles Internet déployés dans ces eaux. Ces câbles à fibre optique, posés sur les fonds marins, assurent une importante partie du trafic Internet entre les pays du Golfe, l’Asie et l’Europe. CNN les décrit comme l'une des "artères invisibles" de l’économie mondiale. Si la majorité des opérateurs ont pris la précaution de faire passer leurs câbles de l’autre côté du détroit, deux câbles essentiels traverseraient les eaux territoriales iraniennes, indique Mostafa Ahmed, chercheur au Centre de recherche émirati Habtoor à la chaîne américaine.



1,2 million de kilomètres de câbles de télécommunication tapissent le fond des océans (trois fois la distance de la Terre à la Lune). Composés de fibres optiques, ils rendent possible une grande partie de nos échanges par téléphone, SMS ou courriel. Et ils pourraient bientôt acquérir une nouvelle fonction : capter les ondes acoustiques et sismiques.

La semaine dernière, le Parlement iranien a débattu d'un projet de loi contraignant les opérateurs étrangers à payer un droit de passage sur ces infrastructures Internet. En plus de cette taxe, le projet de Téhéran obligerait les entreprises concernées à demander une autorisation préalable et à se conformer à la législation iranienne. Les opérations de maintenance et de réparation des câbles seraient en outre réservées à des entreprises iraniennes. Parmi les géants de la tech potentiellement concernés : Google, Meta, Microsoft et Amazon.

Téhéran assure qu'une telle taxe serait conforme au droit de la mer, en particulier à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Les médias iraniens brandissent notamment l'exemple du canal de Suez, par où transitent de nombreux câbles reliant l'Europe et l'Asie, et qui rapporte chaque année plusieurs centaines de millions de dollars de droits de transit au Caire.



Détroit d’Ormuz : L’Iran veut taxer le passage des câbles Internet.


Des conséquences néfastes sur tous les secteurs

Toutefois, si la loi aboutissait, il resterait difficile d'envisager comment la théocratie parviendrait à imposer de telles mesures à des entreprises américaines qui ont, suite aux sanctions de Washington contre Téhéran, interdiction d'effectuer des paiements à l’Iran.

Conscients du caractère critique de ces infrastructures, des médias proches du gouvernement iranien n'ont pas hésité à agiter la menace de dommages aux câbles sous-marins. Et d'assurer que de tels dommages pourraient avoir "des répercussions sur une partie des milliers de milliards de dollars générés par la transmission mondiale de données et affecter la connectivité Internet à l’échelle mondiale", détaille CNN. Une telle attaque aurait des conséquences bien au-delà d'un ralentissement du débit Internet. Tous les services en ligne seraient affectés : systèmes bancaires, communications militaires, intelligence artificielle. Elle pourrait empêcher l'accès au télétravail, aux jeux en ligne et aux services de streaming, indique la chaîne américaine.



Lorsque la guerre a éclaté, la réparation des câbles sous-marins est devenue quasiment impossible. Photo : SSC.


Un arsenal sous-marin apte au sabotage

Ces menaces ne sont pas purement théorique. Malgré leur importance stratégique, ces câbles bénéficient d'une faible protection. "Dotés de plongeurs de combat, de petits sous-marins et de drones sous-marins", le corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) seraient en mesure de mener une attaque contre le réseau Internet maritime, précise Mostafa Ahmed à CNN. L'expert qui craint une "catastrophe numérique", assure que les pays du Golfe, voisins de l'Iran pourraient être confrontés à de graves perturbations de leur connexion Internet. Une telle situation aurait des répercussions sur les exportations de pétrole, de gaz et sur le secteur bancaire.

Des enjeux auxquels Téhéran n'est pas étranger. Le pays compte bien continuer à user du détroit comme un levier économique et stratégique durable. "Ormuz est notre arme nucléaire", aurait déclaré le vice-président du Parlement iranien, Ali Nikzad, selon les informations de CNN.


COMMENTAIRE

Il y a une limite à cette stratégie, car le Qatar est une place financière mondiale qui investit une partie de l'argent de l'Iran pour contourner les sanctions américaines. Reste aussi la question de savoir quel câble serait coupé. Il s'agit avant tout d'avoir un nouveau levier dans les négociations.

Enfin, il existe tout de même des solutions de secours aux câbles du détroit d’Ormuz, notamment des câbles terrestres ou d’autres routes sous-marines. Mais elles pourraient toutefois vite saturer et plomber les économies du Golfe et leur secteur énergétique et par répercussion, le reste du monde.



Environ 430 câbles sous-marins sont déployés dans le monde sur plus de 550.000 miles, soit environ 800.000 km, ce qui représente plus de 20 fois le tour de notre planète.

Actuellement, les Etats-Unis, la Russie et la Chine disposent de ces capacités de grande profondeur, jusqu'à 6000 mètres. La France a également ce genre de technologie, mais les robots utilisés ne sont pas purement destinés au domaine militaire. Ils servent également à la recherche.

Au niveau mondial, de nombreux Etats manifestent désormais leur intérêt dans ce secteur, que ce soit par des discours, en mettant en place de nouvelles législations ou tout simplement en renforçant leurs capacités. L'Otan également s'est emparée du sujet.

Au-delà des attaques physiques sur ces infrastructures, chercheurs et militaires s'interrogent aussi sur les potentialités de ces câbles en matière d'espionnage. Pourraient-ils par exemple permettre d'écouter l'activité maritime, mettant à mal la dissuasion nucléaire ?









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