samedi 15 mars 2025

(FR) Le Canada va « reconsidérer » l’achat de 88 chasseurs-bombardiers américains F-35A

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Photo : F-35A – Ministère néerlandais de la Défense


En 2010, le gouvernement canadien, alors dirigé par le conservateur Stephen Harper, annonça la commande de 65 chasseurs-bombardiers F-35A auprès du constructeur Lockheed Martin afin de remplacer les 88 CF-18 Hornet de l’Aviation royale canadienne (ARC).

Cette décision n’était pas surprenante au regard de l’implication de l’implication de l’industrie canadienne dans le programme Joint Strike Fighter (JSF), dont le F-35A est issu, et de l’appartenance du Canada au Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) ainsi qu’à l’Otan.

Seulement, ce choix fut vivement contesté par l’opposition gouvernementale. Et, quand il devint Premier ministre en 2015, son chef de file, Justin Trudeau, par ailleurs très critique à l’égard du F-35 (C’est « un avion qui ne fonctionne pas et qui est loin de pouvoir fonctionner », avait-il dit), revint sur la décision de son prédécesseur et lança un appel d’offres « transparent ».

Cependant, en attendant l’issue de cette procédure et afin d’éviter à l’ARC une rupture capacitaire, Ottawa fit connaître son intention d’acquérir 18 F/A-18 Super Hornet auprès de Boeing. Mais ce projet fut annulé après la décision des États-Unis d’ouvrir une enquête sur les pratiques commerciales du constructeur canadien Bombardier.

Quoi qu’il en soit, alors que Justin Trudeau avait juré ses grands dieux que le Canada n’achèterait jamais de F-35A, ce fut pourtant les chasseurs-bombardiers de Lockheed Martin qui remporta l’appel d’offres, aux dépens du JAS-39 Gripen E/F du suédois Saab. Le français Dassault Aviation Rafale et le consortium Eurofighter s’étaient retirés de la compétition, estimant qu’ils n’avaient aucune chance de s’imposer. Quant au F/A-18 Super Hornet, présenté par Boeing malgré la brouille passée avec Ottawa, il fut écarté…alors qu’il semblait pourtant tenir la corde.

En janvier 2023, le Canada officialisa la commande de 88 F-35A, pour un montant de 15 milliards de dollars. Les coûts d’exploitation de cette flotte furent alors estimés à 52 milliards de dollars.

« Le F-35 est un avion de chasse moderne, fiable et agile utilisé par nos plus proches alliés en mission dans le monde entier. Il s’agit de l’avion de combat le plus évolué sur le marché, et c’est l’avion de choix pour le Canada » car il permettra de « renforcer les capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance des pilotes, améliorant ainsi leur connaissance de la situation et leur capacité de survie dans l’environnement opérationnel actuel très dangereux », s’était félicité le ministère canadien de la Défense, à l’époque.

Les F-35 devaient alors être livrés à l’ARC en plusieurs lot. Le premier, comptant 16 exemplaires, a été commandé dans le cadre d’un investissement de 7 milliards de dollars canadiens. Investissement censé couvrir l’achat de munitions, la mise en place d’une chaîne logistique et la constatation des infrastructures appropriées à Bagotville (Québec) et à Cold Lake (Alberta).

Les quatre premiers F-35A seront normalement remis à l’ARC en 2026 ([mais ils resteront aux États-Unis pour la formation des pilotes). Six autres suivront en 2027 et les six derniers du lot seront livrés en 2028. L’objectif est que les 88 appareils soient pleinement opérationnels entre 2032 et 2034.

Seulement, depuis que Donald Trump a été réélu à la Maison Blanche, les relations entre Washington et le Ottawa sont devenues glaciales. Outre ses propos sur la possibilité que le Canada devienne, un jour, le 51e État américain, la guerre commerciale qu’il a déclenchée est la principale raison de cette évolution.

« Que les Américains ne s’y trompent pas. Dans le commerce comme au hockey, le Canada gagnera », a d’ailleurs récemment assuré Mark Carney, le successeur de M. Trudeau à la tête du gouvernement canadien.

En attendant, la dégradation des relations entre les États-Unis et le Canada n’est pas sans conséquence sur la commande des F-35A.

Le 14 mars 2025, venant d’être reconduit dans ses fonctions après le remaniement gouvernemental provoqué par la démission de M. Trudeau, le ministre canadien de la Défense, Bill Blair, a fait savoir que ses services étudiaient « activement des alternatives potentielles au chasseur furtif F-35 » et qu’il « tiendra des discussions aves les constructeurs d’avions rivaux ».

« Le Premier ministre m’a demandé d’avoir des discussions avec d’autres sources, en particulier là où il pourrait y avoir des possibilités d’assembler ces avions de combat au Canada », a expliqué Bill Blair, en faisant allusion Saab, qui avait promis de faire assembler les Gripen par l’industrie canadienne lors de l’appel d’offres remporté par Lockheed Martin.

La commande des 16 premiers F-35A ayant déjà été partiellement payée par Ottawa, il est donc possible que l’ARC n’ira pas au-delà, ce qui l’obligerait à entretenir deux flottes d’avions de combat si la tendance esquissée par Bill Blair se confirme.

Reste que le F-35A n’est pas le seul projet d’achat susceptible de faire les frais de la situation actuelle, le Canada ayant également commandé 14 avions de patrouille maritime P-8A Poseidon et 11 drones MQ-9B SkyGuardian auprès des États-Unis.




mardi 11 mars 2025

(FR) L'Ukraine est désormais la guerre de l'Europe

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Vendredi 28 février 2025, alors que Volodymyr Zelensky quittait la Maison Blanche l’air triste, le président Donald Trump a écrit sur les réseaux sociaux que le dirigeant ukrainien pourrait « revenir quand il sera prêt pour la paix ».

La paix est un mot très puissant, mais pour comprendre sa véritable signification, il faut considérer le contexte dans lequel il est utilisé. Le jour même où Trump parlait de l’importance de la paix et renvoyait Zelensky chez lui pour y réfléchir, la Russie lançait plus de 150 attaques de drones sur des villes ukrainiennes. Trump insiste sur le fait qu’il fait de grands progrès vers la paix avec le président russe Vladimir Poutine, mais ce dernier n’a fait qu’intensifier ses attaques depuis son entrée en fonction.

Les dirigeants européens, ainsi que le secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte et le Premier ministre canadien Justin Trudeau, se sont réunis dimanche à Londres à l'invitation du Premier ministre britannique Keir Starmer pour s'engager à accroître leur soutien à l'Ukraine et élaborer un plan pour mettre fin à la guerre qui pourrait gagner le soutien de Trump.

Les Européens comprennent, contrairement à l’administration Trump, que l’Ukraine veut un accord de paix – ils ne veulent simplement pas être détruits par les termes d’un accord de paix. L’obsession de Poutine concerne l’ensemble de l’Ukraine, pas l’OTAN, ni une bande de territoire ukrainien. Si l’Ukraine reste indépendante et armée à l’issue des négociations, Poutine ne considérera pas cela comme une fin. Il acceptera une partie de l’Ukraine aujourd’hui, pour prendre le contrôle de tout le pays demain.

Si le problème était réellement l’OTAN, Poutine n’aurait pas accepté aussi facilement l’adhésion de la Suède et de la Finlande en 2023. Aujourd'hui, la frontière de l'OTAN est plus proche de Saint-Pétersbourg que la frontière de l'Ukraine avec Moscou.

L’objectif de Poutine n’est pas non plus de conserver les quelque 20 % du territoire que la Russie a conquis à l’Ukraine jusqu’à présent au cours de la guerre. Poutine ne peut pas accepter une Ukraine indépendante, car au cours des 300 dernières années, presque aucun de ses prédécesseurs n’aurait pu l’accepter. Et si l’Ukraine réussit en tant que démocratie occidentale, elle constituera une menace directe pour l’acceptation par le peuple russe du modèle autoritaire de Poutine.

Trump a fait du cessez-le-feu en Ukraine un élément tellement central de sa politique étrangère qu’il ne peut pas se permettre de ne pas réussir. Il ne peut pas se permettre de ne pas conclure un accord, et il ne peut certainement pas laisser l’Ukraine devenir comme l’Afghanistan de Joe Biden, un désastre de politique étrangère qui a défini le reste de la présidence de Biden. Piégé par sa propre ambition, Trump aspire à un succès rapide la semaine dernière, il a attaqué Zelensky, qui a osé se mettre en travers de son chemin en défendant obstinément des conditions que l’Ukraine pourrait accepter. Poutine l’a bien compris. Il peut donc concéder un cessez-le-feu pour tirer le meilleur parti de Trump, mais il n’abandonnera pas son objectif stratégique de détruire l’Ukraine. Sans sécurité, à un moment donné, la guerre reprendra.

Les événements de vendredi ont officialisé une nouvelle réalité qui est devenue progressivement plus claire au fil des semaines : l’Amérique veut toujours diriger le monde, mais c’est un monde différent. Et s’il y a un point positif dans le spectacle de Trump et du vice-président JD Vance fustigeant Zelensky dans le Bureau ovale, c’est peut-être l’onde de choc que cela a provoqué à travers l’Europe. Les dirigeants européens qui ont tenu compte de l’avertissement de Vance à Munich en février comprennent désormais qu’ils ne peuvent pas simplement attendre la fin du mandat de Trump, comme ils l’ont fait pendant son premier mandat. Ceux qui en doutaient encore ont été convaincus par les événements de vendredi.

L’Europe a pris des mesures importantes et a promis d’en faire davantage : sommets, appels téléphoniques, projets de décisions sur l’augmentation des dépenses de défense et annonces de soutien à l’Ukraine se succèdent à un rythme vertigineux. Bien que ces développements soient les bienvenus, ils ne répondent toujours pas à la question la plus fondamentale sur l’avenir de l’Ukraine et du reste de l’Europe : quand ? Quand ces idées deviennent-elles des décisions mises en œuvre ?

Les moyens de pression de Trump sur l’Ukraine sont les armes et l’argent, deux choses dont l’Ukraine a besoin pour poursuivre sa lutte pour sa survie et maintenir sa stabilité économique. L’Europe pourrait prendre le dessus sur le président américain en adoptant deux mesures : en proposant un accord alternatif sur les minéraux ukrainiens et en saisissant les avoirs russes gelés et en les utilisant pour financer la production et les achats d’armes – y compris auprès des États-Unis, si elle le souhaite. L’Union européenne, la Grande-Bretagne et la Norvège ne peuvent pas remplacer complètement les États-Unis en tant que soutiens de l’Ukraine, mais ces mesures pragmatiques renforceraient immédiatement le rôle de l’Europe et fourniraient à l’Ukraine l’aide dont elle a tant besoin.

En 1918, la Russie bolchevique a signé un traité avec l'Allemagne, s'engageant à reconnaître l'indépendance de l'Ukraine, à accepter le retrait des troupes et à arrêter la propagande sur le territoire ukrainien. Dans le même temps, Kiev a également signé un accord avec l’Allemagne, échangeant d’importantes ressources naturelles – principalement des céréales et de la viande – contre une protection militaire allemande sur le sol ukrainien. En un an, l’affaire a échoué. Les Allemands se retirèrent, l’Armée rouge russe avança et l’État ukrainien ne put plus exister. Il a fallu attendre 104 ans, jusqu'à l'invasion russe en 2022, pour que l'Europe reconnaisse officiellement que l'Ukraine lui appartenait, entamant ainsi le chemin du pays vers l'adhésion à l'UE.

Moscou ne change jamais vraiment, mais l’Europe, elle, pourrait le faire.


Dmytro Kuleba a été ministre des Affaires étrangères de l'Ukraine de 2020 à 2024. Il est actuellement chercheur principal au Belfer Center de l'Université Harvard.

Source : Article de  Dmytro Kuleba, «  This Is Europe’s War Now »,  New York Times, 03/03/2025










(FR) La consommation de kétamine d’Elon Musk interroge.

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Elon Musk, la kétamine et le discours d’un sénateur français
https://richardhetu.com/2025/03/06/elon-musk-la-ketamine-et-le-discours-dun-senateur-francais/


Une consommation excessive de kétamine, une substance psychotrope utilisée comme anesthésiant, comme antidouleur, comme drogue récréative, voire comme antidépresseur dans le cas d’Elon Musk, peut donner à ses usagers l’impression qu’ils sont les rois du monde.


Mégalomane, incontrôlable, capable de toutes les outrances, Elon Musk se comporte-t-il de la sorte parce qu'il a abusé de la kétamine? Le milliardaire ne cache pas qu'il a régulièrement recours à cette substance –parfois utilisée, avec prudence et parcimonie, pour combattre la dépression– à des fins récréatives. En mars 2024, il affirmait en effet à CNN disposer d'une ordonnance lui permettant d'en consommer une semaine sur deux.

Futurism s'interroge: à quel point cette consommation –considérée comme régulière par la docteure en psychopharmacologie Celia Morganpeut-elle avoir un impact sur la personnalité et les agissements du conseiller spécial de Donald Trump? La scientifique, qui a suivi pendant un an 120 personnes utilisant la kétamine à des fins récréatives, explique que la plupart rencontrent de profonds problèmes de mémoire à court et à long terme et sont "nettement dissociés dans leur existence quotidienne". Pas très rassurant.

La chercheuse et son équipe ont également constaté que les utilisateurs réguliers obtenaient des scores très élevés sur les échelles de pensée délirante et qu'ils semblaient convaincus de recevoir des messages secrets qui leur étaient envoyés à eux seuls. Sans tout mettre sur le dos de ce produit également surnommé "spécial K", on peut imaginer que sa consommation bimensuelle ait contribué à renforcer les délires de grandeur du tycoon.




Accro au ketchup

Futurism en profite pour rappeler qu'Elon Musk présente d'importants problèmes d'addiction, dont une particulièrement originale. Dans un article publié en 2023 dans les colonnes du New Yorker, le journaliste Ronan Farrow révélait que le milliardaire était devenu dépendant au ketchup, ce qui inquiétait vivement ses proches. Ceux-ci décrivaient également un homme s'enfermant dans un isolement croissant et peinant souvent à encaisser le stress lié à ses nombreuses activités.

Les associés d'Elon Musk craignent que son penchant pour l'auto-médication ne cesse de croître, ce qui risquerait de le faire devenir toujours plus instable et imprévisible. Quant à Celia Morgan, elle insiste notamment sur le fait que la consommation de kétamine du milliardaire, même seulement une fois toutes les deux semaines, suffit à engendrer des troubles de la mémoire irréversibles et une tendance au délire.

Sachant que les États-Unis sont plus ou moins dans les mains de celui qui est aussi (et entre autres) le patron de X, il y a effectivement de quoi nourrir quelques préoccupations à propos des ravages que la kétamine est possiblement en train de faire sur lui. Extrêmement dangereuse pour le cerveau humain, elle risque de faire beaucoup de mal bien au-delà de la simple boîte crânienne du terrifiant Elon Musk.




lundi 10 mars 2025

(FR) Ce texte viral dénonçant les droits de douane imposés par Trump ne provient pas de la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum.

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La présidente du Mexique Claudia Sheinbaum

Sur Internet, un texte adressé aux habitants des États-Unis et à leur président Donald Trump pour dénoncer les droits de douane qu’il veut imposer aux autres pays circule de façon virale dans plusieurs langues. Ce texte, attribué à Claudia Sheinbaum, n’a pourtant pas été rédigé par la présidente mexicaine. Il s’agit d’un pamphlet de source anonyme qui circule sous plusieurs versions depuis 2018.


« Vous avez donc voté pour la construction d’un mur.

Maintenant, chers Américains, même si vous ne comprenez pas grand-chose à la géographie, puisque pour vous l'Amérique est votre pays et non un continent, il est important que vous sachiez avant de poser la première brique qu'il y a 7 milliards de personnes derrière ce mur.

Mais comme vous ne connaissez pas vraiment le terme « personnes », nous les appellerons « consommateurs ». Il y a 7 milliards de consommateurs prêts à remplacer leur iPhone par des appareils Samsung ou Huawei en moins de 42 heures. Vous pouvez également remplacer Levis par Zara ou Massimo Dutti.

En moins de six mois, nous pouvons facilement arrêter d’acheter des voitures Ford ou Chevrolet et les remplacer par des voitures Toyota, KIA, Mazda, Honda, Hyundai, Volvo, Subaru, Renault ou BMW qui sont techniquement meilleures que les voitures qu’ils produisent. Ces 7 milliards de personnes peuvent également arrêter de s'abonner à Direct TV, et nous ne le voulons pas, mais nous pouvons arrêter de regarder des films hollywoodiens et commencer à regarder davantage de productions latino-américaines ou européennes qui ont une meilleure qualité, un meilleur message, une meilleure cinématographie et un meilleur contenu.

Même si cela peut paraître incroyable, nous pouvons ignorer Disney et aller au Xcaret Resort à Cancun, au Mexique, au Canada ou en Europe : il existe d'autres destinations formidables en Amérique du Sud, en Amérique de l'Est et en Europe.

Et même si vous n'y croyez pas, même au Mexique, vous pouvez obtenir de meilleurs hamburgers que chez McDonald's et ils ont une meilleure valeur nutritionnelle.

Quelqu'un a-t-il vu les pyramides aux États-Unis ? En Égypte, au Mexique, au Pérou, au Guatemala, au Soudan et dans d’autres pays, il existe des pyramides avec des civilisations incroyables.

Découvrez où trouver les merveilles du monde antique et moderne. Aucun d'entre eux aux États-Unis. Honte à Trump, il les aurait achetés et vendus !

Nous savons qu'Adidas existe, pas seulement Nike, et nous pouvons commencer à porter des baskets mexicaines comme Panam. Nous en savons plus que vous ne le pensez.

Nous savons, par exemple, que si ces 7 milliards de consommateurs n'achètent pas vos produits, il y aura du chômage et votre économie (à l'intérieur du mur raciste) s'effondrera à un tel point que vous nous supplierez de démolir ce mur hideux.

Nous ne voulions pas cela, mais... si vous voulez un mur, vous obtenez un mur.

Cordialement."










 

(FR) Texte du discours de Mark CARNEY "Le futur Premier ministre du Canada" du dimanche 9 mars 2025.

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Le chef du Parti libéral, Mark Carney, prononce son discours de victoire lors de l'annonce de son investiture à Ottawa, le dimanche 9 mars 2025. Photo : Adrian Wyld / La Presse Canadienne

YouTubeLe discours de Mark Carney, élu chef du Parti libéral du Canada (en français)

Dimanche 9 mars 2025 a marqué un moment charnière dans la politique canadienne avec l'arrivée de Mark Carney à la tête du Parti libéral. Dans son premier discours en tant que chef du parti, il s'est adressé aux Canadiens, évoquant les défis auxquels le pays est confronté et les valeurs qui guideront son approche du leadership. Son discours a porté sur l'unité, le progrès et la nécessité d'efforts concertés et soutenus pour relever les défis à venir. Voici son discours complet:

Ce texte est une traduction d'un article de CTV News.

Cette salle est forte. Cette salle est le Canada fort. Merci, Cleo. Merci à ma femme, Diana, et à nos enfants, Cleo, Tess, Amelia et Sasha. Sans votre soutien, je ne serais pas ici. Sans vos exemples, je n'aurais pas de but. Sans votre amour, je n'aurais pas la force dont j'ai besoin pour affronter l'avenir.

Monsieur Chrétien, vous avez inspiré ma famille à devenir libérale, y compris mon père à se présenter comme candidat libéral en Alberta dans les années 1980, et moi-même à poursuivre votre tradition de responsabilité fiscale, de justice sociale et de leadership international.

Monsieur le premier ministre Trudeau, le temps qui m'est imparti ne me permet pas de reconnaître toutes vos réalisations. Vous avez allié force et compassion en tant que défenseur du Canada. Vous nous avez guidés à travers certains des défis les plus difficiles auxquels cette nation ait jamais été confrontée. Je vous promets, ainsi qu'à tous les Canadiens, que je travaillerai jour et nuit dans un seul but : bâtir un Canada plus fort pour tous. J'aurai besoin d'aide. Beaucoup. Merci donc à Chrystia, Frank et Karina pour l'énergie et les idées que vous avez apportées à cette campagne. Merci aux ministres qui sont restés à leur poste pour servir directement le Canada en cette période de grand péril. Et merci à l'incroyable groupe de députés libéraux : vous êtes les porte-paroles de vos communautés et la conscience de notre parti. Merci pour votre service.

Pour vous donner une idée de ce service, permettez-moi de citer un message que mes collègues candidats et moi-même avons reçu de Bob Zettel, qui, pour tout vous dire, va à mon église. En fait, je vais à l'église de Bob, car il y va beaucoup plus souvent que moi. Quoi qu'il en soit, Bob nous a écrit, et je cite : "À l'heure actuelle, tout le monde considère que la principale menace réside dans les droits de douane imposés par Trump, [mais] le défi bien plus grand sera, comme il l'a toujours été, de favoriser l'unité et le sens du bien commun. Certains chercheront à s'emparer du pouvoir en nous divisant et nous avons besoin de vous pour continuer à occuper des postes de direction afin de promouvoir un Canada uni... un engagement en faveur du bien commun et un respect de la justice et de l'État de droit dans le monde entier." En ce moment, tous les Canadiens sont appelés à servir à leur manière. Nous sommes tous appelés à nous défendre les uns les autres et à défendre le mode de vie canadien. Alors, laissez-moi vous poser la question : qui est prêt ? Qui est prêt à défendre le Canada avec moi ? Oui, Canada, le Parti libéral est uni et fort, et prêt à se battre pour bâtir un pays encore meilleur.

Tout dans ma vie m'a aidé à me préparer à ce moment. Il y a deux mois, j'ai posé ma candidature pour devenir chef du parti parce que je sentais que nous avions besoin de grands changements, guidés par de fortes valeurs canadiennes. Des valeurs que j'ai apprises à la table du dîner avec mes parents Bob et Verlie et mes trois frères et sœurs Brenda, Sean et Brian. Des valeurs que j'ai apprises sur les patinoires d'Edmonton avec mes entraîneurs, comme Storman-Norman Lee. Mes parents étaient des enseignants qui insistaient sur l'importance du travail acharné, de la communauté et de la tolérance. Mes entraîneurs étaient des bénévoles dévoués qui m'ont appris l'importance du travail d'équipe, de l'ambition et de l'humilité. J'ai conservé ces valeurs à l'université. Je les ai gardées près de moi alors que je gérais des crises ici au Canada et ailleurs dans le monde. Ces mêmes valeurs m'ont guidé dans mon travail pour bâtir des économies fortes. Et aujourd'hui, je m'y accroche alors que nous sommes confrontés à la plus grande crise de notre génération.

Les Canadiens savent que les nouvelles menaces exigent de nouvelles idées et un nouveau plan. Ils savent que les nouveaux défis exigent un nouveau leadership. Les Canadiens veulent un leadership positif qui mettra fin aux divisions et nous aidera à construire ensemble. En réponse, mon gouvernement mettra en œuvre notre plan visant à bâtir une économie plus forte, à créer de nouvelles relations commerciales avec des partenaires fiables et à sécuriser nos frontières. Pour être clair, cela exigera des changements, des changements majeurs. Mais je sais que les Canadiens sont prêts. Ils me le disent partout au pays. Les gens veulent du changement parce qu'ils sont inquiets. Ils s'inquiètent du coût de la vie et de la crise du logement. Ils s'inquiètent de l'avenir des jeunes. Et ils s'inquiètent de l'avenir du Canada, face aux menaces du président Trump et à un monde plus divisé et plus dangereux. Maintenant, je suis avant tout un pragmatique. Et cela signifie que lorsque je vois quelque chose qui ne fonctionne pas, je le change. Ainsi, mon gouvernement éliminera immédiatement la taxe carbone sur la consommation, qui divise les familles, les agriculteurs et les petites et moyennes entreprises. Et nous mettrons fin à la hausse de l'impôt sur les plus-values, car nous pensons que les constructeurs devraient être incités à prendre des risques et récompensés lorsqu'ils réussissent. Le Canada a besoin de plus de changements de ce type. Des changements qui permettent aux gens d'avoir plus d'argent dans leurs poches. Des changements qui rendent nos entreprises plus compétitives. Des changements qui renforcent l'économie la plus forte du G7.

Quelqu'un essaie d'affaiblir notre économie. Donald Trump. Donald Trump a imposé des droits de douane injustifiés sur ce que nous fabriquons, sur ce que nous vendons, sur notre gagne-pain. Il s'en prend aux travailleurs, aux familles et aux entreprises canadiennes. Nous ne pouvons pas le laisser faire et nous ne le laisserons pas faire. Je suis fier de la réaction des Canadiens qui font entendre leur voix et qui font sentir leur poids. Je suis reconnaissant de la façon dont les provinces canadiennes se mobilisent pour lutter. Parce que lorsque nous sommes unis, le Canada est fort. Le gouvernement canadien riposte à juste titre avec nos propres droits de douane qui auront un impact maximal aux États-Unis et un impact minimal ici au Canada. Mon gouvernement maintiendra nos droits de douane jusqu'à ce que les Américains nous montrent du respect... Et prennent des engagements crédibles et fiables en faveur d'un commerce libre et équitable. Entre-temps, nous veillerons à ce que tous les revenus tirés de nos droits de douane soient utilisés pour protéger nos travailleurs.

Les Américains veulent nos ressources, notre eau, nos terres, notre pays. Réfléchissez-y un instant. S'ils réussissent, ils détruiront notre mode de vie. En Amérique, les soins de santé sont une grosse affaire. Au Canada, c'est un droit. L'Amérique est un melting-pot. Le Canada est une mosaïque. L'Amérique ne reconnaît pas les différences. Elle ne reconnaît pas les Premières Nations. Et il n'y aura jamais de droits pour la langue française. La joie de vivre, la culture et la langue française font partie de notre identité. Nous devons les protéger, nous devons les promouvoir. Nous ne les échangerons jamais, au grand jamais, contre aucun accord commercial !

L'Amérique n'est pas le Canada. Et le Canada ne fera jamais, au grand jamais, partie de l'Amérique, sous quelque forme que ce soit. Nous n'avons pas demandé ce combat, mais les Canadiens sont toujours prêts quand quelqu'un d'autre baisse les gants. Alors, les Américains ne doivent pas se tromper... Dans le commerce, comme au hockey, le Canada gagnera. Mais cette victoire ne sera pas facile. Nous sommes confrontés à la crise la plus importante de notre vie. Nous devrons faire des choses extraordinaires... ensemble. Nous devrons construire des choses que nous n'aurions jamais imaginées, à un rythme que nous n'aurions jamais cru possible. Et surtout, nous devons faire passer les gens avant l'argent. Nous devons nous unir pour construire le pays le plus fort, le plus juste et le plus libre du monde.

Il y a quelqu'un d'autre qui va affaiblir notre économie. C'est Pierre Poilievre. Il ne comprend tout simplement pas. Il est de ces politiciens de longue date que j'ai vus partout dans le monde, qui vénèrent l'économie de marché, bien qu'ils n'aient jamais géré de paie. Aujourd'hui, face aux menaces de Trump, Pierre Poilievre refuse toujours d'obtenir son habilitation de sécurité. Et ce, à un moment où notre sécurité nationale est menacée comme jamais auparavant. Il saperait la Banque du Canada en cette période d'immense insécurité économique. Pierre Poilievre veut fermer CBC et Radio-Canada à un moment où la désinformation et l'ingérence étrangère augmentent. Il insulte nos maires et ignore les Premières Nations alors qu'il est temps de construire. Il mettrait fin à l'aide internationale alors que la démocratie et les droits de l'homme sont en péril dans le monde entier. Et il laisserait notre planète brûler. Pierre Poilievre laisserait notre planète brûler. Ce n'est pas du leadership, c'est de l'idéologie. C'est une idéologie qui trahit ce que nous, Canadiens, apprécions... les uns les autres. Et c'est une idéologie qui représente une incompréhension fondamentale du fonctionnement de l'économie.

Contrairement à Pierre Poilievre, j'ai travaillé dans le secteur privé. Je sais comment le monde fonctionne et comment il peut être fait pour mieux fonctionner pour nous. Ces connaissances et cette expérience sont particulièrement utiles aujourd'hui au service des Canadiens, alors que nous devons construire une nouvelle économie et créer de nouvelles relations commerciales. Permettez-moi de vous dire autre chose que Pierre Poilievre ignore : nous savons que les marchés n'ont pas de valeurs, contrairement aux gens. Et nous savons, en tant que libéraux, que notre travail consiste à faire en sorte que nos marchés profitent à tous les Canadiens. Les marchés sont l'outil le plus puissant que nous ayons jamais inventé. Ils peuvent nous aider à trouver des solutions à nos plus grands problèmes. Lorsqu'ils sont bien gérés, ils sont plus efficaces que tout pour créer des emplois et une croissance forte. Mais les marchés sont également indifférents à la souffrance humaine et ignorent nos plus grands besoins. Ainsi, lorsqu'ils sont mal gérés - ou pas du tout - ils apportent une richesse énorme à quelques chanceux et des temps difficiles au reste. Dans cette crise, nous devons aider ceux qui sont les plus durement touchés par les droits de douane américains et renforcer notre position ici, chez nous. C'est la bonne chose à faire. C'est la chose juste à faire. C'est la chose canadienne à faire. C'est ce qui fait notre force.

Donald Trump pense qu'il peut nous affaiblir avec son plan de division pour mieux régner. Le plan de Pierre Poilievre nous laissera divisés et prêts à être conquis. Parce qu'une personne qui vénère Donald Trump s'agenouillera devant lui, et ne lui résistera pas. Et les slogans de Pierre Poilievre ne sont pas des solutions. Sa colère n'est pas de l'action. Sa division n'est pas la force. La division ne gagnera pas une guerre commerciale. La division ne paiera pas le loyer ou l'hypothèque. La division ne fera pas baisser le prix des produits d'épicerie. La division ne rendra pas le Canada fort. Voilà où mènent les politiques négatives de division et de colère. La moitié des États-Unis craignent l'autre et se méfient d'elle. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire au Canada. Les Américains sont de plus en plus divisés, ce qui les affaiblira. Nous gagnerons cette bataille si nous sommes unis et forts. Oui, nous pouvons discuter de politique. Nous pouvons débattre de hockey. Nous pouvons même être un fan des Oilers à Ottawa. C'est un pays libre. Mais quand il s'agit du Canada, nous sommes tous dans la même équipe. Choisissez d'être forts. Le Canada fort.











dimanche 9 mars 2025

(FR) Extrait du discours de Claude Malhuret lors d’un débat au Sénat sur la situation en Ukraine et sécurité en Europe du 4 mars 2025.

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Claude Malhuret, le sénateur de l'Allier, président du groupe Les indépendants, a tenu un discours particulièrement remarqué le 4 mai 2025 au Sénat.



Extrait du discours de Claude Malhuret : Séance du 4 mars 2025

Intervention 1

M. Claude Malhuret. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, l’Europe est à un tournant critique de son histoire. Le bouclier américain se dérobe, l’Ukraine risque d’être abandonnée et la Russie renforcée. Washington est devenue la cour de Néron : un empereur incendiaire, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine chargé de l’épuration de la fonction publique.

C’est un drame pour le monde libre, mais c’est d’abord un drame pour les États-Unis.

Le message de Trump est que rien ne sert d’être son allié puisqu’il ne vous défendra pas, puisqu’il vous imposera plus de droits de douane qu’à ses ennemis et vous menacera de s’emparer de vos territoires tout en soutenant les dictatures qui vous envahissent.

Le roi du deal est en train de montrer ce qu’est l’art du deal à plat ventre. Il pense qu’il va intimider la Chine en se couchant devant Poutine, mais Xi Jinping, devant un tel naufrage, est sans doute en train d’accélérer les préparatifs de l’invasion de Taïwan.

Jamais dans l’histoire un président des États-Unis n’a capitulé devant l’ennemi. Jamais aucun d’entre eux n’a soutenu un agresseur contre un allié, jamais aucun n’a piétiné la constitution américaine, pris autant de décrets illégaux, révoqué les juges qui pourraient l’en empêcher, limogé d’un coup l’état-major militaire, affaibli tous les contre-pouvoirs, ou pris le contrôle des réseaux sociaux. Ce n’est pas une dérive illibérale ; c’est un début de confiscation de la démocratie.

Rappelons-nous qu’il n’a fallu qu’un mois, trois semaines et deux jours pour mettre à bas la République de Weimar et sa constitution. J’ai confiance dans la solidité de la démocratie américaine ; d’ailleurs, le pays proteste déjà. Mais, en un mois, Trump a fait plus de mal à l’Amérique qu’il n’en a fait en quatre ans lors de sa précédente présidence.

Nous étions en guerre contre un dictateur ; nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître. Il y a huit jours, au moment même où Trump passait la main dans le dos de Macron à la Maison-Blanche, les États-Unis votaient avec la Russie et la Corée du Nord à l’ONU contre les Européens réclamant le départ des troupes russes.

Deux jours plus tard, dans le Bureau ovale, le planqué du service militaire donnait des leçons de morale et de stratégie au héros de guerre Zelensky, avant de le congédier comme un palefrenier en lui ordonnant de se soumettre ou de se démettre. Cette nuit, il a franchi un pas supplémentaire dans l’infamie en stoppant la livraison d’armes pourtant promise.

Que faire devant une telle trahison ? La réponse est simple : faire face ! Et d’abord ne pas se tromper : la défaite de l’Ukraine serait la défaite de l’Europe. Les pays baltes, la Géorgie, la Moldavie figurent déjà sur la liste. Le but de Poutine est le retour à Yalta, où fut cédée la moitié du continent à Staline. Les pays du Sud attendent l’issue du conflit pour décider s’ils doivent continuer à respecter l’Europe ou s’ils sont désormais libres de la piétiner.

Ce que veut Poutine, c’est la fin de l’ordre mis en place par les États-Unis et leurs alliés il y a quatre-vingts ans, lequel avait pour premier principe l’interdiction d’acquérir des territoires par la force. Cette idée est à la source même de l’ONU, au sein de laquelle les Américains votent aujourd’hui en faveur de l’agresseur, et contre l’agressé.

En effet, la vision trumpienne coïncide avec celle de Poutine : elle défend un retour aux sphères d’influence, les grandes puissances dictant le sort des petits pays. À moi, le Groenland, le Panama et le Canada ; à toi, l’Ukraine, les pays baltes et l’Europe de l’Est ; à lui, Taïwan et la mer de Chine… On appelle cela, dans les soirées des oligarques du golf de Mar-a-Lago, le « réalisme diplomatique »…

Nous sommes donc seuls. Mais le discours selon lequel on ne peut résister à Poutine est faux. Contrairement à ce qu’affirme la propagande du Kremlin, la Russie va mal. En trois ans, la soi-disant deuxième armée du monde n’a réussi à grappiller que des miettes d’un pays trois fois moins peuplé. Les taux d’intérêt à 25 %, l’effondrement des réserves de devises et d’or, l’écroulement démographique montrent que ce pays est au bord du gouffre. Le coup de pouce américain à Poutine est la plus grande erreur stratégique jamais commise lors d’une guerre

Le choc est violent, mais il a une vertu : les Européens sortent du déni.

M. Claude Malhuret. Ils ont compris en un jour, à Munich, que la survie de l’Ukraine et l’avenir de l’Europe sont entre leurs mains, et que trois impératifs s’imposent à eux.

Tout d’abord, ils devront accélérer la livraison de l’aide militaire à l’Ukraine pour compenser le lâchage américain, faire en sorte que celle-ci tienne et, bien sûr, imposer sa présence et celle de l’Europe dans toute négociation. Cela coûtera cher. Il faudra donc en finir avec le tabou de l’utilisation des avoirs russes gelés. Il faudra aussi contourner les complices de Moscou à l’intérieur même de l’Europe, en formant une coalition des seuls pays volontaires, avec bien sûr le Royaume-Uni.

Ensuite, il faudra exiger de tout accord qu’il prévoie le retour des enfants kidnappés et des prisonniers, et qu’il comporte la garantie d’une sécurité absolue. Après Budapest, la Géorgie et Minsk, nous savons ce que valent les accords avec Poutine. Cette garantie passe par une force militaire suffisante pour empêcher toute nouvelle invasion.

Enfin, et c’est le plus urgent, parce c’est ce qui prendra le plus de temps, il faudra rebâtir la défense européenne, négligée au profit du parapluie américain depuis 1945 et sabordée depuis la chute du mur de Berlin. C’est une tâche herculéenne, mais c’est sur le fondement de la réussite ou de l’échec de cette construction que seront jugés dans les livres d’histoire les dirigeants de l’Europe démocratique d’aujourd’hui.

Friedrich Merz vient de déclarer que l’Europe avait besoin de sa propre alliance militaire. C’est reconnaître que la France avait raison depuis des décennies en plaidant pour une autonomie stratégique. Il reste à la construire.

Il faudra investir massivement et renforcer le Fonds européen de défense, hors critères de Maastricht, harmoniser les systèmes d’armes et de munitions, accélérer l’entrée dans l’Union de l’Ukraine, laquelle possède aujourd’hui la première armée européenne, repenser la place et les conditions de la dissuasion nucléaire à partir des capacités française et britannique, et relancer les projets de bouclier antimissile et de satellite européens. Le plan annoncé hier par Ursula von der Leyen est un très bon point de départ.

Et il faudra beaucoup plus. L’Europe ne redeviendra une puissance militaire qu’en redevenant une puissance industrielle. En un mot, il faudra appliquer le rapport Draghi, et pour de bon.

Mais le vrai réarmement de l’Europe, c’est son réarmement moral. Nous devons convaincre l’opinion face à la lassitude et à la peur de la guerre, et, surtout, face aux comparses de Poutine, l’extrême droite et l’extrême gauche. Ces derniers ont encore plaidé hier, à l’Assemblée nationale, devant vous, monsieur le Premier ministre, contre l’unité européenne et la défense européenne. Ils disent vouloir la paix. Ce que ni eux ni Trump ne disent, c’est que leur paix, c’est la capitulation, la paix de la défaite, le remplacement de « de Gaulle-Zelensky » par un « Pétain ukrainien » à la botte de Poutine, la paix des collabos qui ont refusé depuis trois ans toute aide aux Ukrainiens !

Est-ce la fin de l’Alliance atlantique ?


Intervention 2

M. Claude Malhuret. Le risque est grand, mais l’humiliation publique de Zelensky et toutes les décisions folles prises depuis un mois ont fini par faire réagir les Américains. Les sondages sont en chute libre, les élus républicains sont accueillis par des foules hostiles dans leurs circonscriptions. Même Fox News devient critique ! Les trumpistes ne sont plus en majesté. Ils contrôlent certes l’exécutif, le Parlement, la Cour suprême et les réseaux sociaux, mais, dans l’histoire américaine, les partisans de la liberté l’ont toujours emporté. Ils commencent à relever la tête…

Le sort de l’Ukraine se joue dans les tranchées, mais il dépend aussi de ceux qui, aux États-Unis, veulent défendre la démocratie et, ici, de notre capacité à unir les Européens, à trouver les moyens de leur défense commune et à refaire de l’Europe la puissance qu’elle fut un jour et qu’elle hésite à redevenir.

Nos parents ont vaincu le fascisme et le communisme au prix de tous les sacrifices. La tâche de notre génération est de vaincre les totalitarismes du XXIe siècle. Vive l’Ukraine libre, vive l’Europe démocratique ! 







vendredi 7 mars 2025

(FR) Pourquoi l'UE s'est réunie en Angleterre du 2 mars 2025 ?

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Le sommet de Londres, du 2 mars 2025, n'était pas un sommet de l'Union européenne, mais un sommet des pays alliés de Kiev afin de discuter des « garanties de sécurité globales » et d'un « plan de paix juste et durable » pour l’Ukraine. Emmanuel Macron a proposé une trêve d’un mois en Ukraine « dans les airs, sur les mers et les infrastructures énergétiques », de façon à tester la volonté de Poutine de faire la paix.

On notera que des pays importants, mais non membres de l'UE figurent autour de la table : Norvège, Canada, Turquie, et bien sûr le Royaume-Uni. En revanche, un pays membre de l'UE, comme la Hongrie, a été écarté en raison de la politique pro-russe de Viktor Orban.


SOUTIEN A L'UKRAINE AUSSI LONGTEMPS QU'IL LE FAUDRA

Ce sommet réuni à l'initiative de Keir Starmer en partenariat avec Emmanuel Macron, a rassemblé 18 chefs d'Etat et de gouvernement déterminés à mobiliser leur pays, face aux menaces impérialistes de Vladimir Poutine et à manifester leur soutien « aussi longtemps qu’il le faudra », au président Volodymyr Zelensky, qui vient d'être humilié et lâché par Donald Trump, à la Maison Blanche. Par ailleurs, Keir Starmer lui, aussi était un peu amer. En conférence de presse, à l'issue de sa visite à Washington, le jeudi 26 février 2025, Donald Trump a coupé la parole au premier ministre britannique, par un vexant " Ca suffit !", alors que celui-ci répondait à une question sur le souhait du président américain d’annexer le Canada et de soustraire, ainsi, l'un de ses royaumes à la monarchie anglaise.


POURQUOI A LANCASTER HOUSE ?

Pourquoi ce sommet s'est-il déroulé à Lancaster House ? Parce que c'est dans ce palais qu'a été signé, par Nicolas Sarkozy et David Cameron, en 2010, le traité historique de « coopération en matière de défense et de sécurité », concernant « le déploiement et l’emploi des forces armées », les « transferts de technologie » entre les deux industries de l'armement, les programmes d'achats d'armements, les échanges d'informations : « Nous [France et Royaume-Uni] sommes déterminés à jouer un rôle leader en matière de sécurité et de défense. La sécurité et la prospérité sont indissociables. » Il souligne « un niveau de confiance mutuelle sans précédent dans notre histoire », la nécessité de « faire face ensemble à de nouveaux défis tels que la prolifération des armes de destruction massive et des missiles balistiques, le terrorisme, les cyberattaques... » d'avoir « des capacités de défense robustes, qui puissent être déployées rapidement et puissent agir ensemble et avec un grand nombre d'alliés » (Communiqué final du traité de Lancaster House, 2 novembre 2010).


COMMENTAIRES

Le Royaume-Uni est une puissance militaire majeure de l’Europe. Il est normal qu’en temps de conflit, il montre de quel côté il se situe. 

Je crois savoir qu'il ne s'agissait pas d'une réunion de l'Union Européenne mais de définir un plan de défense pour l'Europe géographique. Or le Royaume-Uni dispose d'une importante force militaire qu'il ne faut pas négliger.

L’union fait la force !


Voici ce qu’il faut retenir de la prise de parole de Donald Trump du 07 mars 2025

Une journée de déclarations contradictoires pour Donald Trump.

À quelques heures d’intervalle, Donald Trump a donc tenu ce vendredi 07 mars 2025 deux propos inverses sur la Russie, lui qui s’est fortement rapproché du pays dernièrement.

- À 15 h : « Compte tenu du fait que la Russie pilonne actuellement l’Ukraine sur le champ de bataille, j’envisage fortement des sanctions bancaires, des sanctions et des droits de douane à grande échelle contre la Russie »

- À 18 h : « Ça se passe très bien avec la Russie. J’ai toujours eu de bonnes relations avec Vladimir Poutine. Je trouve qu’il est plus difficile de traiter avec l’Ukraine »