vendredi 17 avril 2026

(FR) Guerre contre l'Iran : « La Chine observe discrètement les Etats-Unis se tirer une balle dans le pied ».

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Image d'illustration : Le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors d'une rencontre en marge du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), à Busan, en Corée du Sud, le 30 octobre 2025. REUTERS - Evelyn Hockstein.

Depuis le début de la guerre contre l'Iran, initiée par les États-Unis et Israël, la Chine est restée relativement discrète. Pékin n'a pas condamné fermement la guerre menée par Washington contre Téhéran et n'a pas non plus été particulièrement actif sur le plan diplomatique. La Chine a observé avec humour les erreurs commises par les États-Unis, tout en consolidant son autonomie stratégique dans divers domaines.


« N’essayez jamais de dissuader un ennemi de commettre une erreur »

La une de l'hebdomadaire économique britannique The Economist du 4 avril 2026 citait une célèbre phrase de Napoléon Bonaparte pour décrire l'attitude de la Chine depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Tandis que Donald Trump publiait agressivement sur la plateforme Truth Social, semant le doute sur la cohérence de la stratégie américaine, Xi Jinping observait la situation.

Didier Chaudet, expert en géopolitique et spécialiste du monde persan, de l'Asie centrale et du Sud, notamment du Pakistan et de l'Inde, a déclaré à RFI Vietnamien que la Chine adopte une approche plutôt astucieuse. Il a affirmé que l'idée selon laquelle la réticence de la Chine serait un signe de confusion et d'incapacité à assumer un rôle de leader relève uniquement d'une perspective occidentale. 


Didier Chaudet  : «  L’idée est de laisser les États-Unis continuer à commettre erreur sur erreur, et de permettre aux pays, notamment aux pays en développement, de mieux comprendre le contraste que présente la Chine : la Chine ne cause pas de troubles, la Chine ne déclenche pas de nouvelles guerres, la Chine ne déstabilise pas le monde actuel, mais ce sont les États-Unis qui détruisent le système international qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer après la Seconde Guerre mondiale. »

L’échec des négociations américano-iraniennes, qui se sont tenues à Islamabad le samedi 11 avril 2026, illustre en partie l’impasse de la diplomatie américaine, qui continue d’opérer dans un cadre unipolaire, cherchant uniquement à imposer son propre point de vue.


Didier Chaudet  : «  Ce que les États-Unis veulent de l'Iran, c'est en faire un pays comme le Venezuela, une sorte d'État semi-colonial sur le plan diplomatique. Mais cela ne fonctionne pas avec l'Iran, car ce n'est pas le Venezuela. Cet État islamique n'est pas contrôlé par une seule personne, mais par une structure, et qu'on le veuille ou non, je pense que cette structure est soutenue par au moins 20 à 35 % de la population iranienne qui adhère à la ligne anti-impérialiste. »

Cela ne signifie pas que Pékin reste inactif. L'expert en géopolitique a souligné que la Chine fait preuve d'une extrême prudence dans sa gestion de la crise, car une défaite rapide et totale de l'Iran constituerait un problème majeur pour la Chine et la Russie. Les événements d'Islamabad démontrent clairement que Pékin occupe une position cruciale dans le processus de négociation.


Didier Chaudet  : «  Le Pakistan a accompli un travail considérable. Il s'est appuyé non seulement indirectement sur la Chine, mais aussi sur une alliance de puissances moyennes du monde islamique, dont la Turquie, l'Arabie saoudite et l'Égypte. Il a invité les ministres des Affaires étrangères de ces pays à Islamabad. Une fois qu'un consensus a été trouvé entre les ministres des Affaires étrangères des quatre pays, le ministre pakistanais s'est rendu en Chine pour présenter le détail des discussions menées entre les quatre parties. »


La Chine aspire à une ère post-dollar et post-américaine.

Un blocus prolongé du détroit d'Ormuz risque de provoquer des famines dans les pays du Sud et des pénuries alimentaires dans le Nord. Selon Chaudet, si la Chine parvient par la diplomatie à obtenir ce que les États-Unis ne peuvent accomplir par la force – la réouverture du détroit d'Ormuz –, alors, pour tous les pays de l'hémisphère Sud, elle deviendra le leader incontesté du monde post-guerre iranienne.

Alors que les États-Unis s'égarent et commettent des erreurs répétées, la diplomatie chinoise restera discrète et n'agira pas davantage. Car, comme on dit, « on  n'arrête jamais un ennemi qui se tire une  balle dans le pied ». Une fois les hostilités terminées, le monde pourrait entrer dans une ère post-dollar et post-américaine, notamment au Moyen-Orient, où des pays comme les Émirats arabes unis, le Qatar et l'Arabie saoudite dépendent de la protection américaine pour leur défense et leur stabilité.

Didier Chaudet, expert en géopolitique et fin connaisseur de Hong Kong, a fait remarquer :

Didier Chaudet  : «  Hong Kong espère sans doute que tous les capitaux qui affluaient autrefois vers les Émirats arabes unis et le Qatar se dirigeront vers Hong Kong ou Singapour. On parle peu des Émirats arabes unis, et peut-être aussi du Qatar, mais ces deux pays risquent de perdre leur ancien statut de puissance économique en raison des politiques américaines et israéliennes, qui ont entraîné des représailles iraniennes. »

Le système du pétrodollar mis en place par les États-Unis risque de s'affaiblir, et un nouveau système, le « pétroyuan », devrait émerger. Mais ce n'est pas tout : les observateurs évoquent également le risque d'une « électrification en yuans », c'est-à-dire l'achat d'équipements d'énergies renouvelables et leur paiement en yuans. La Chine, déjà acteur majeur du secteur des énergies renouvelables, pourrait tirer encore davantage profit de la crise au Moyen-Orient.

Didier Chaudet  : «  Si l'on regarde les chiffres de cette année, les quatre cinquièmes de la production mondiale d'énergie solaire, du point de vue de la fabrication, sont réalisés en Chine. Cette puissance asiatique domine également le secteur des machines électriques, et notamment celui des véhicules électriques. Avec la situation actuelle, même au Moyen-Orient, on achète des panneaux solaires chinois.  Les ventes de ces produits chinois explosent, par exemple en Irak. Ce pays possède du pétrole, mais il a besoin de gaz naturel et d'une grande quantité d'énergie pour raffiner le pétrole. Or, actuellement, c'est impossible, car toute la chaîne d'approvisionnement traditionnelle est bouleversée par la crise. »


Hormuz : une crise de Suez du XXIe siècle, à la chinoise ?

Le 9 avril 2026, le site web Capital évoquait la possibilité de la formation d'un axe pétrolier Russie-Chine-Iran capable de contrôler jusqu'à 30 % de l'approvisionnement mondial en pétrole. De nombreux observateurs estiment que si cette hypothèse se concrétisait, elle sonnerait probablement le glas de l'hégémonie américaine. Selon Didier Chaudet, il s'agit d'une alliance entre blocs, la Russie, la Chine et l'Iran ne constituant qu'une alliance de circonstance.

Didier Chaudet  : «  Car, en réalité, la Russie défend ses propres intérêts. La Chine ne s’est jamais pleinement rangée du côté de la Russie ; elle ne souhaite pas son effondrement, mais elle ne se félicite pas non plus de l’invasion de l’Ukraine, contrairement à ce que certains à Paris pourraient affirmer – des personnes qui, en réalité, ne comprennent rien à l’Iran, à la Chine ou à la Russie, et qui, par conséquent, ne s’expriment que sur un plan idéologique. Actuellement, ce sont ces pays qui sont pris pour cible par l’Occident, au point qu’ils pourraient être tentés de former un bloc de représailles, mais la formation d’un tel bloc est loin d’être certaine. Ce sont des pays dont les intérêts ne convergent pas totalement. La Chine est plus favorable au maintien du statu quo et à une certaine paix internationale que la Russie, et même aujourd’hui que l’Iran. Car, dans le monde d’aujourd’hui, la Chine triomphe par la paix. »

L'issue du conflit au Moyen-Orient restant incertaine, de nombreux observateurs en France commencent à se demander si la crise actuelle du détroit d'Ormuz ne risque pas de se transformer en une crise du canal de Suez du XXIe siècle, avec une dimension chinoise. Le conflit de 1956 entre la coalition franco-britannique, israélienne et égyptienne au sujet du canal de Suez, qui s'est soldé par une intervention américaine, a entraîné le déclin de l'Empire britannique et la perte de la suprématie de la livre sterling. C'est un scénario que le géopolitologue Didier Chaudet juge plausible.


Didier Chaudet  : «  Si l’Europe continue de jouer un rôle diplomatique quasi inexistant, cela renforce encore l’image d’une Europe, y compris de la France, comme un immense musée que l’on visite mais qui n’a absolument aucune influence sur la politique étrangère. Si les États-Unis persistent dans leur attitude inflexible, sans se rendre compte qu’ils se rendent vulnérables d’une manière ou d’une autre, l’Iran n’a pas besoin de grand-chose pour semer le trouble aux États-Unis et dans le monde. C’est pourquoi la Chine adopte une approche extrêmement modérée, jouant le rôle qu’ont joué les Américains et les Soviétiques lors de la crise de Suez. »


RFI Vietnamien souhaite exprimer sa sincère gratitude à Didier Chaudet, expert en géopolitique et spécialiste du monde perse, de l'Asie du Sud et centrale, notamment de l'Inde, du Pakistan et du monde himalayen, du Nouvel Observatoire eurasien.



SOURCES

RFI-VN : Chiến tranh Iran : « Trung Quốc lặng lẽ nhìn Hoa Kỳ tự bắn vào chân mình »

YouTube : Didier Chaudet : "La Chine observe discrètement les Etats-Unis se tirer une balle dans le pied"











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